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14/10/2009

Les Disq'uteurs, 3ème couplet !

why dontcha.jpg

 

Lundi 21 septembre, 20h00, la confrérie des Disq'uteurs s'installe dans le cercle d'écoute. Un vinyle tourne déjà qui nous rappelle que Jack Bruce, le bassiste de Cream, s'acoquinât brièvement avec le guitariste et le batteur du groupe Mountain pour fonder West, Bruce & Laing et le heavy blues de « Why dontcha ». Pendant que le disque tourne et que le sillon trace sa piste, on revient sur l'optimisation de la platine, on papote disquaires et on se refile les bonnes adresses des quelques uns, héroïques, qui résistent encore et toujours à l'envahisseur mp3.


Et puis, un bras finit par se tendre avec, au bout, le premier CD de la soirée.

 

katatonia.jpgKatatonia .- The great cold distance (écoute : Soil's song...)

Le ton est d'emblée posé : ambiance sombre et lourde. Le son est léché, le morceau s'étire en nappes planantes, acérées de guitares ombrageuses et de roulements de batterie à la métronomie percutante. Katatonia n'en est pas à son coup d'essai. Groupe suédois formé en 1991, il signe avec ce disque son septième album. Black métal, death, doom, les débuts sont extrêmes mais le groupe n'a cessé d'évoluer. Un débat s'engage sur ce sujet : sommes-nous toujours en flagrant délit de doom ou n'en est-ce déjà plus ? Le doom, pour aller vite, est un genre spécifique du métal au tempo lent, à la basse plombée et souvent instrumental (mais pas seulement, il existe différentes chapelles) qui prend ses origines chez Black Sabbath. Mais doom ou pas, il s'agit, quoi qu'il en soit, d'un excellent disque qui nous met tous d'accord : on en prend plein les oreilles et le climat melancolico-gothique est assez obsédant. On pense à Opeth en beaucoup plus pop-rock.

 

suno))).jpgSunn O))) .- The Grimmrobe demo

Et du doom, en voici, sans ambiguïté aucune cette fois. Nous sommes même en présence d'un des groupes les plus radicaux du genre. Tout est dit en 3 morceaux mais dont le plus court avoisine les 15 minutes. Uniquement instrumentale, la musique additionne les couches de guitares et les lignes de basses aux accordages tortueux et déroule une litanie répétitive et hypnotique. Nos cœurs ont ralenti leurs battements et nos oreilles attendent un signe, un changement, ne serait-ce qu'une nouvelle note, une pointe d'espérance dans ce rouleau compresseur apocalyptique. Il n'est plus question, là, de savoir si l'on aime ou pas : nous sommes simplement en train de vivre une véritable expérience sensorielle.

 

meleeh.jpgMeleeh .- Another low. A new hollow

Avec Meleeh, on ne change pas une formule qui gagne et les disq'uteurs continuent leur périple dans une veine très rock. La tonalité sombre et torturée demeure mais dans son versant punk hardcore. Le chant, clair, s'éraille jusqu'à l'égorgement. La batterie ne nous laisse aucun répit, le rythme est effréné et les guitares saignent de toutes leurs cordes. Tout comme Katatonia, Meleeh est un groupe suédois et on ne dira jamais assez la suprématie des pays scandinaves dans les différents genres du métal. L'un des disq'uteurs évoque Coroner, un groupe de thrash auquel lui fait penser Meleeh. C'est noté.

 

jesus lizard.jpgJesus Lizard .- Liar

Formé en 1987, séparé en 1999, Jesus Lizard est un groupe américain qui a marqué le rock indépendant des années 90 au même titre que Nirvana, Fugazi ou encore Sonic Youth. Le son est sale, produit à minima et on entend presque le groupe répété dans son garage. On parlait alors de Noisy rock (ou rock bruitiste), de lo-fi (pas besoin de hi-fi pour s'en délecter) et bien sûr de grunge. Le fonds reste punk et cinglant et Meleeh, écouté juste avant, n'est ni plus ni moins que le rejeton énervé de Papa Lizard, biberonné aux guitares « crassement » métalliques. Un disq'uteurs y entend soudain du funk. Un autre s'insurge : « du funk ? Où ça ? ». Le débat est houleux. Mais, après tout, oui, pourquoi pas du funk quand on sait qu'il s'agit de la sueur !

 

saint-saens.jpgSaint-Saëns, Camille .- Le carnaval des Animaux

Après tant de transpiration et de rock décharné, nous quittons la musique du diable, forgée au cœur du blues, pour passer sans transition à une des œuvres les plus célèbres du Compositeur Camille Saint-Saëns, le fameux « Carnaval des Animaux », autrement sous-titré « Grande fantaisie zoologique ». Il s'agit d'une suite de petites pièces pour 2 pianos, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, clarinette, harmonica et xylophone : autant dire une formation de musique de chambre inhabituelle en cette année 1886 ! Nous commençons par écouter une version qui ne nous convainc pas avant d'être subjugué par cette interprétation, emmenée de main de maître par les frères Capuçon, Renaud et Gautier, respectivement au violon et au violoncelle. Humour et délicatesse sont au programme. On écoute le « Cygne », l'  « Aquarium », véritable tube de la musique classique, et on s'amuse de la citation « à 2 à l'heure dans les basses » du « French Cancan » d'Offenbach pour signifier la « Tortue ». Une excellente porte d'entrée dans la musique classique.

 

lou reed.jpgReed, Lou .- Transformer

Et décidément, la soirée se déroule sous le signe de la guitare puisque nous voilà revenu dans la sphère du rock. Grand classique parmi les classiques (comme quoi, on ne s'éloigne pas trop de la musique savante !), le « Transformer » de Lou Reed est une pierre angulaire de sa discographie solo post-Velvet Underground. Après un premier album boudé par le public, il est repêché par David Bowie, grand fan, qui lui produit ce disque, en 1972, avec lequel il percera définitivement, notamment grâce au succès de la chanson « Walk on the wild side ». Mais les disq'uteurs ne foulant pas que les sentiers battus, notre intérêt se concentra particulièrement autour de l'écoute de « Perfect day », une chanson mystérieuse en décalage avec la tonalité générale du disque : ambiance bucolique, texte élégiaque. Belle chanson d'amour ? Mais alors pourquoi cette phrase qui la termine : « tu n'as plus qu'à récolter ce que tu as semé ». Ironie mordante ?

 

anthony joseph.jpgJoseph, Anthony & the Spasm Band .- Bird head son

« Bird head son », le fils de tête d'oiseau, c'est le surnom qu'on donnait à Anthony Joseph dans son enfance à Trinidad. Aujourd'hui, il vit à Londres mais se souvient de cette enfance et de ses origines à travers une dizaine de morceaux au groove vaudou habité. Son moyen d'expression : le slam, ce chant parlé virtuose qui fait de l'interprète un véritable conteur. S'appuyant sur une musique tendue, fiévreuse et libre entre jazz, funk et percussions luxuriantes (le groupe ne s'appelle pas Spasm band pour rien), ce véritable poète parvient même à captiver les non-anglophones en projetant ses mots et ses phrases comme les notes d'un instrument. Tant de couleurs et de frénésie nous mettent en transe. Le rock est loin mais la sueur demeure !

 

morice benin.jpgBenin, Maurice .- Peut être

Un peu de chansons, maintenant. Changement de style et retour en France avec un héritier « Brélien », aujourd'hui méconnu, voire inconnu des nouvelles générations, le sieur Maurice Bénin, désormais noté Môrice Benin (avec ou sans accent, c'est selon). Môrice Benin, donc, est apparu, sur l'échiquier redoutable de la chanson française, en 1968, signé chez Barclay. Mais très vite, épris de liberté et fuyant la langue de bois, le sieur prend ses distances avec l'industrie du disque et le showbiz en général. Chanteur engagé, concerné, il s'investira souvent dans des mouvements populaires tel que le rassemblement sur le plateau du Larzac en 1973. D'une mystique parfois controversée, Môrice Benin n'en dégage pas moins une force poétique et une aura qui prend tout son sens sur scène (son talent d'interprète est unanimement reconnu). Son langage peut être vert, ciselé et percutant (à l'image des chansons « Peut être » ou « Je suis un chanteur engagé » que nous avons écoutées) ou d'un délicat lyrisme. L'album « Peut être » date de 1975.

 

allen toussaint.jpgToussaint, Allen .- From a whisper to a scream

Les disques s'enchaînent et ne se ressemblent pas. On reprend le bateau, on dépasse l'Angleterre d'Anthony Joseph, on rame ferme, moussaillons, et on amarre dans le creux de la crescent city, la cité du croissant, mythiquement connu sous le nom de Nouvelle-Orléans. Berceau du jazz, la Nouvelle-Orléans brasse moult musiques charnelles et festives derrière lesquelles vous trouverez souvent le nom d'Allen Toussaint. Cette grande figure de la musique néo-orléanaise possède de multiples casquettes : compositeur, pianiste, chanteur, arrangeur et producteur. On débute l'écoute par le morceau titre : une basse indolente, certainement engluée dans le bayou, une guitare lascive et des chœurs féminins qui ne le sont pas moins, la tension monte petit à petit et les cuivres font office de soupapes. Autant vous dire qu'il fait chaud, très chaud...Rythmique funky sur « Chokin'kid » avec un petit côté rock sudiste dans ce qu'il peut avoir de plus suave et on termine sur « Number nine », un instrumental curieux qui alterne rythme saccadé et cascades de piano cristallin. Pour la petite histoire, le slogan de Barack Obama lors des présidentielles, le fameux « Yes, we can » tire son origine d'une vieille chanson d'Allen Toussaint écrite pour le chanteur Lee Dorsey en 1970 !

 

 

kas product.jpgKas Product .- Ego eye

La soirée est déjà bien avancée et trop de chaleur risque de nous endormir. Haro donc sur la torpeur, un disq'uteur tend de quoi nous rafraîchir : le « Ego eye » de Kas Product. Lors du dernier rendez-vous, une allusion y avait été faîte à l'écoute de Phoebe Killdeer. Ça nous disait bien quelque chose mais il était nécessaire de nous remettre la puce à l'oreille. Heureusement, un fan était parmi nous pour combler nos lacunes. Le bras de la platine à peine lové sur le sillon, le son emplit l'espace, énorme, figeant des stalactites au quatre coins de la pièce. Groupe phare d'une new (cold)-wave française de qualité, rappelant Siouxsie and the Banshees, Kas Product est originaire de Nancy et a sorti trois albums entre 82 et 86. La musique du duo est minimaliste mais sophistiquée. La production est clairement datée de cette époque où synthétiseurs et boîtes à rythmes régnaient en maîtres. Il n'en reste pas moins que ce courant d'air froid et sombre nous fascine toujours autant. Il faut réhabiliter Kas Product !

 

rodrigo y gabriela.jpgRodrigo y Gabriela

Allez ! On reprend du poil de la bête, en l'occurrence, pour ce nouveau disque, de la peau de l'alligator et on repart pour la dernière ligne droite. Duo de guitaristes mexicains, issu de la scène métal (le groupe Tierra Acida, inconnu de ce côté-là de l'Atlantique), Rodrigo y Gabriela fusionnent Flamenco et culture rock avec une virtuosité qui n'a d'égale que la musicalité et l'inventivité de leur jeu. Au programme : compositions originales et reprises ébouriffantes du « Stairway to heaven » de Led Zeppelin et du « Orion » de Metallica. Entièrement acoustique et pourtant d'une dynamique n'ayant rien à envier à la fée électrique, ce disque a scotché les disq'uteurs et n'attend plus que vous pour vous ébahir !

 

 

angel maimone entreprise.jpgAngel Maimone Entreprise

 

Cet avant-dernier disque de ce troisième rendez-vous des disq'uteurs est certainement le plus singulier de la sélection. On pourrait qualifier sa musique de new-wave expérimentale mais on serait encore loin du compte. Gérard Maimone aux compositions et Olivier angèle au chant pilotent cet objet musical non-identifié qui déroute et aurait mérité une écoute en début de soirée. Nous passons vite mais c'est certainement pour mieux y revenir.

 

 

 

eric legnini.jpgEric Legnini Trio .- Trippin'

Ce coup-ci, la fatigue se fait sentir. Il est temps de refermer les écoutilles et de mûrir ce flot de notes ingurgitées. Pour clore la soirée, on opte pour un peu de jazz. Tant mieux, le pianiste Eric Legnini attendait fébrile en coulisse avec son trio. « Trippin' » termine une trilogie (débutée par « Miss Soul » et « Big Boogaloo ») en hommage à ce jazz gorgé de soul des années 70 dont Eric Legnini est si friand. Le piano groove, se fait parfois plus classique mais toujours avec un sens inné des mélodies. Les notes sont moelleuses et nous indiquent le chemin du lit. Bonne nuit.

 

 

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