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01/04/2010

LES DISQ'UTEURS Volume 7 Vendredi 19 mars : comprendre le jazz et autres péripéties...

Les Disq'uteurs 7

Compte-rendu du vendredi 19 mars 2010

 

 

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1ère Partie

La séance débute sur une intervention animée par trois musiciens. Objectif : comprendre le jazz. En toute simplicité, avec des mots clairs et démonstrations musicales à l'appui, Alain (saxophone), Jean-Nicolas (guitare) et Max (contrebasse) nous expliquent ce qui fait la spécificité du jazz.

 

D'abord, ils nous préviennent que, tout comme le rock, le jazz, riche d'un siècle d'histoire, réunit en lui même différents styles. Ainsi, entre ses débuts américains et ses descendants européens, le lien est difficile à établir (comparez donc Elvis Presley à Radiohead !). Mais si la musique évolue, pour notre plus grand bonheur, l'histoire commune, l'héritage (nous ne sommes pas des clones de nos grands-parents et pourtant ils participent de ce que nous sommes) et un esprit commun fédèrent cette grand famille qu'est le jazz, genre musical majeure (avec le rock !) du XXème siècle.

 

Cet esprit commun, justement, c'est ce qu'ont essayé de nous expliquer nos passionnants musiciens au cours de cette soirée en comparant trois versions des « Feuilles Mortes » de Prévert et Cosma, chanté par Yves Montand et devenu un des grands standards du jazz sous son titre anglais « Autumn leaves ». Coltrane et son « Equinoxe » sont également intervenus pour tenter de nous faire suivre la grille...

 

Sans revenir dans les détails de cette excellente leçon de didactisme et de pédagogie (bravo les gars !), résumons l'essentiel :

 

L'origine du nom « jazz » est incertaine : du français « jaser » ? d'un dialecte africain « jaja » qui veut dire danser ? Ou « jasi », être excité ? Quoiqu'il en soit, le mot est souvent associé à la danse ou à la vitalité.

 

L'histoire du jazz est donc multiple. Apparu au début du XXème siècle, du blues et des négro-spirituals notamment, il évolue, quasiment de décennie en décennie. Il débute dans les rues de la Nouvelle-Orléans, emplit les salles avec le swing et les big bands, déroute avec le be-bop ou encore fusionne avec les musiques du monde ou le rock.

 

Cependant, l'objectif de ces disq'uteurs n'était pas de retracer l'histoire du jazz genre par genre (d'autres occasions se présenteront) mais de comprendre globalement son fonctionnement.

 

La rythmique originelle du jazz est dite ternaire (ouh le vilain gros mots !). Concrètement, contrairement au rock ou à la musique classique, le jazz divise les notes en un rythme inégal. Souvenez-vous des cours de musique au collège : une noire égale deux croches qui durent chacune 50 % du temps de la noire. Dans le jazz, on s'attarde sur la première croche et on accentue la dernière. De 50 / 50, la rythmique de la note est déséquilibrée en 66 / 33. Pas facile à suivre ? « Au clair de la lune » joué en binaire puis en ternaire, nous a immédiatement fait saisir la différence ! Et ça groove !

 

Ensuite, un morceau de jazz se développe de la façon suivante, thème / improvisation / thème : les musiciens annoncent le thème (la mélodie) sur les premières mesures, s'en servent sur la majeure partie du morceau pour improviser à tour de rôle puis reprennent le thème pour terminer.

 

Enfin, et paradoxalement, improviser suppose des règles et un cadre pour permettre aux musiciens du groupe d'être « sur la même longueur d'onde ». Improviser ne veut pas dire faire n'importe quoi n'importe comment ! Qui l'eut cru ? Chaque musicien dispose donc de ce qu'on appelle une grille d'accords ou harmonies qui servent à accompagner ou mettre en valeur la mélodie.

 

Maintenant, faites comme nous : écoutez ces versions d'  « Autumn leaves » par trois grands maîtres du jazz : Cannonball Adderley, Stan Getz et Wynton Marsalis, saxophonistes de leur état, et goûtez l'extraordinaire vitalité d'un genre viscéralement en avance sur son temps !

 

2ème Partie : la sélection des Disq'uteurs

 

miles davis.jpgMILES & QUINCY .- Live at Montreux. (écoute : My ship)

Le jazz sait aussi prendre l'ampleur et le souffle d'un concerto classique. En 1991, Miles Davis, qui se sait condamner, accepte de revenir sur ses grands disques orchestrés par Gil Evans, « Sketches of Spain », « Miles ahead » et « Porgy and Bess ». L'orchestre est dirigé par le célèbre musicien et producteur Quincy Jones, autrement plus connu du grand public comme le grand manitou du « Thriller » de Michael Jackson, mais aussi unanimement reconnu comme un grand musicien de jazz, genre qui l'a vu débuter et dans lequel il s'est illustré auprès des plus grands. Ce sera un des derniers concerts de Miles Davis, enregistré live au festival de jazz de Montreux. Il décèdera le 28 septembre 1991.

 

jazz en lorraine.jpgCOMPILATION .- Jazz en Lorraine (écoute : Jean Mirandola Trio, « There will never be another you » et Afrodisax, « the city in the sky »)

Le label nancéien « Etonnants Messieurs Durand » vient d'éditer un très beau coffret de 3 CD retraçant 50 ans de jazz en Lorraine et sous-titrée «French connection, 1955 to 1998 ». On y retrouve la plupart des musiciens qui ont marqué ce genre dans notre région et notamment notre serviteur contrebassiste de la soirée et fidèle disq'uteur, Max Lang. On entend Max sur le morceau « the city in the sky », entre rock progressif et jazz west coast, du groupe Afrodisax. Nous sommes en 1989 et Marc Mangen, le leader du groupe, a arrangé une suite pour octet dont le cadre onirique s'ancre dans une ville céleste imaginaire. Avant ça, dans les années 60, le trio de Jean Mirandola nous transportait dans un phrasé à la Lester Young. Du new-orleans au free, la Lorraine a su n'oublier aucune des grandes périodes de la fabuleuse aventure du jazz.

 

therion.jpgTHERION .- Deggial (écoute : « Via nocturna (part 1 and 2) »)

Apparu au cours des années 90, le métal symphonique, dont Therion est un des groupes phares, associe la lourdeur et la rapidité de la rythmique et des guitares du métal avec l'emphase de chœurs et d'orchestrations classiques. Lyrisme et développement épique sont au cœur de cette musique tel le morceau à tiroir « via nocturna », digne d'un opéra endiablé. La nature, l'héroïc-fantasy ou les ambiances médiévales ou mythologiques sont les thèmes privilégiés du genre, emmené bien souvent par une chanteuse flamboyante (mais pas dans Therion). Dans le style n'hésitez pas à découvrir également Nightwish, un des fleurons du genre tout comme Within Temptation, Epica ou Leaves' eyes.

 

mahjun.jpgJean-Louis MAHJUN .- Ce n'est que moi (écoute : « Comment va mon cœur », « le temps des rois »)

Jean-Louis Mahjun est un chanteur, violoniste et mandoliniste de blues français. Il crée en 1970 le groupe qui porte son nom et sera une référence du rock progressif à la française, invoquant Captain Beefheart ou Frank Zappa. On y retrouve le même humour déjanté. En 1978 sort son premier disque en solo et en 1984, ce disque « Ce n'est que moi » qui ne convainc qu'à moitié les disq'uteurs, la faute sans doute à une production d'époque ayant mal vieillie. Dans ses meilleurs moments, il nous rappelle malgré tout le regretté Bashung.

 

 

microfilm.jpgMICROFILM .- A journey to the 75th (écoute : « Inouwali »)

Groupe de Poitiers créé en 2003, Microfilm est un projet original qui mixe musique instrumentale façon post-rock et samples de dialogues de film. La musique, atmosphérique, nous happe immédiatement. Nous sommes pris dans une BO imaginaire qui serait la synthèse de la culture cinématographique du groupe plutôt tournée, à priori, vers le polar, l'angoisse ou le suspense poisseux. Un disque qui donne envie de s'organiser daredare une soirée DVD à la redécouverte de trésors oubliés du cinéma !

 

 

hatfield.jpgHATFIELD AND THE NORTH .- The Rotters' club (écoute : « share it », « Lounging there trying »)

A l'origine (années 60) bouillait un chaudron, à Canterbury, en Angleterre, qui s'appelait « The Wilde Flowers ». Ce groupe, en explosant tel le big bang, a engendré de nombreuses planètes parmi lesquelles le célèbre Soft Machine avec Robert Wyatt ou le groupe Caravan. C'est de ce dernier en partie que va naître Hatfield and the North (mais aussi de Gong et de Matching Mole) qui, à l'instar de tous les astres de cette galaxie, respire à l'oxygène du rock progressif et du jazz-rock. « the Rotters' club » (1975) est l'album emblématique du groupe. Les disq'uteurs y reconnaissent un son de guitare à la Zappa et trouvent un arrière-fond bossa dans les percussions qui réchauffe cette musique souvent très sophistiquée.

 

almond.jpgMarc ALMOND .- Twelve years of tears : live at Royal Albert Hall (écoute : «Jacky », « What makes a man a man », « Tainted love »)

En France, on se souvient surtout de Marc Almond du temps de son groupe Soft Cell. En 1981, leur reprise inusable de « Tainted love », une vieille chanson soul des années 60, les propulse sur la cime des hits-parades. Depuis, ce showman poursuit sa route en solo, promenant son style cabaret pop jusque sur les rives de notre Jacques Brel national. Sa reprise de «Jacky » version dancefloor est épatante ! Il lui consacrera d'ailleurs un album entier.

 

Pour terminer cette soirée, un hommage est rendu à deux personnalités essentielles de la sphère pop-rock, récemment disparues :

 

chesnutt.jpgVic CHESNUTT .- Is the actor happy ? (écoute : « Onion soup », « Doubting woman »)

Décédé en décembre dernier, le jour de Noël, Vic Chesnutt était devenu paraplégique suite à un accident de voiture vers l'âge de 18 ans. Il s'installa alors à Athens, fief de REM, où Michael stipe le remarqua et produisit ses premiers disques. Aussi à l'aise dans un folk-rock dépouillé, de fins arrangements orchestrés ou de larges distorsions noisy, il s'exprimait dans des textes à la poésie écorchée vive. Sa voix poignante et sa sensibilité à fleur de peau auront fortement marqué les années 90-2000.

 

big star.jpgAlex CHILTON & BIG STAR .- Big Star story (écoute : « Jesus Christ », « Baby Strange »...)

Alex Chilton débute dans les années 60 avec son premier groupe, les Box Tops, et cartonne très vite avec un tube ultime « The letter » aujourd'hui encore sur toutes les lèvres. Puis le groupe se sépare et Chilton part fonder Big Star. Ce groupe culte, si l'en est, ne rencontrera bien sûr aucun succès dans les années 70, mais deviendra vite une référence majeure pour toute la scène pop des années 80 et 90, de REM à Beck en passant par the Posies, Jeff Buckley ou encore Elliott Smith. Entre Kinks et T-Rex, d'un niveau égal à un McCartney ou un Bolan, Alex Chilton avait le don des mélodies qui font mouches et des chansons intemporelles. Il est décédé le 17 mars 2010.

 

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