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22/12/2010

Disq'uteurs...

DISQ'UTEURS 14

...ils n'ont pas dit leur dernière note...

goya.jpgChantal Goya .- Un lapin (1977)

La séance débute, goguenarde, avec un 45 T de la star des enfants trentenaires d'aujourd'hui. En phase avec le mouvement punk en pleine explosion, Chantal Goya inverse les rôles séculaires de la proie et du chasseur, et donne le fusil au lapin qui ne se gêne pas pour s'en servir ! La chanson fonctionne comme une véritable madeleine de Proust et tient toujours la route. Hormis la voix espiègle de notre dame en rose, le succès indémodable de ce lapin tueur tient énormément à Jean-Jacques Debout, mari de la belle, homme de l'ombre et fin compositeur trop méconnu. On évoquera aussi, pas peu fiers, les origines vosgiennes de la chanteuse ! Car, si Chantal Goya est née en Indochine, son papa était vosgien et toute la famille finira par s'installer à Remiremont !

 

trunks.jpgTrunks (2010)

La platine est toujours en place, tant mieux. On laisse la courroie sur son pignon et le maxi 45 T de Trunks démarre. Un riff obsédant s'intensifie, quelques notes minimalistes et un étrange saxophone baryton vrombit, solennel. Arrive le chant de Lætitia Sheriff à la voix claire qui se déchire dans les aigus. Puis, le morceau monte en puissance dans un long final répétitif qui nous entraîne dans une folle transe métallique. Après la dernière note, le silence en dit long : les disq'uteurs viennent de se prendre un uppercut en pleine face. Trunks réunit 5 musiciens (guitares, basse, batterie, sax et chant) au croisement du rock noisy, du jazz le plus aventureux et de l'expérimentation sonore. Tendu comme un arc, chaque membre du groupe décoche ses notes sans excès mais avec l'intensité nécessaire à l'effervescence souhaitée. Le public du Grattoir, où ils se sont produits le 5 novembre dernier, en tremble encore.

 

pachacamac.jpgPachacamac .- Contrastes (1973)

Changement d'atmosphère, après les sons telluriques de Trunks, les français de Pachacamac nous transporte dans les hauteurs montagneuses des Andes. D'emblée, la fameuse flûte du même nom souffle un vent frais et vivifiant sur le premier morceau « Titicaca ». Impossible de ne pas penser au compositeur de film Vladimir Cosma qui popularisa la flûte de pan dans le cinéma hexagonal de la même époque (mais,lui, s'inspirait du folklore roumain). On pense aussi à Mike Oldfield. Le groupe n'a heureusement pas que la flûte pour nous séduire. Leur folk progressif a du répondant et les guitares et autres percussions latines s'enchevêtrent avec virtuosité dans une farandole équilibriste entre bon goût et folklore un peu trop appuyé. Mais quelle fraîcheur !

Et la légèreté du propos n'a pas empêché un disq'uteur de se demander, par tous les diables, ce que le groupe avait bien pu faire du rockabilly !

 

dire straits.jpgDire Straits .- Love over gold (1982)

Dire Straits a surgi en 1978 avec dans sa guitare un titre jouissif entre Springsteen et Dylan, « Sultans of swing », le genre de morceau qui ne prend pas une ride après des milliards d'écoutes. Coup d'essai, coup de maître et grand coup dans le plexus. On ne s'en remettra jamais tout à fait. Mais, en 1982, le quatrième disque du groupe « Love over gold » change un peu la donne. La production se lisse, les claviers aux atmosphères planantes prennent le pas sur les cavalcades électriques. Bref, les disq'uteurs se divisent. Et puis, la main du disc-jockey lance « Telegraph road » où la guitare reprend le dessus avec un final en grande chevauchée. Tout le monde s'embrasse en empoignades viriles, remet ses bottes de cow-boys et s'oublie à corps perdu dans les 14 minutes du morceau !

 

lightning hopkins.jpgLightning Hopkins .- Lightning strikes (1965)

Sam « Lightning » Hopkins est un bluesman du Texas, né en 1912 et décédé en 1982. Grand nom du blues rural, il sera pourtant un des premiers à électrifier sa guitare, dès 1946. Beaucoup de critique le considèrent comme le roi du blues. Ironie du sort, ce sera pourtant en reprenant sa guitare acoustique qu'il rencontrera enfin le succès lors du revival folk-blues des années 60. L'album que l'on écoute, lui, est plutôt nonchalant. La guitare électrique est claire, loin du Chicago blues, plus riffé et râpeux. Des effluves bluegrass s'exhalent, le jeu des musiciens (guitare, basse, batterie, harmonica) swingue léger. Le gars en impose et nous l'écoutons religieusement. La classe.

 

my education.jpgMy Education .- Italian (2005)

Restons au Texas puisque les américains de My Education nous viennent d'Austin. Rien d'italien donc dans ce disque de rock instrumental issu de la mouvance post-rock. On y retrouve toutes les caractéristiques inhérentes au genre : longues plages instrumentales, plutôt planantes, guitares liquides toujours prêtes à s'enflammer, lente montée en crescendo, distorsions, larsens. Dans l'ensemble, « Italian » peut s'écouter sur l'oreiller, comme une berceuse des temps modernes. Chaque morceau est un voyage à part entière, un départ pour le rêve de son choix. Si le groupe ne révolutionne en rien la veine du post-rock, dont il faut bien dire qu'il est difficile désormais de sortir des sentiers battus, il réussit toutefois à nous captiver par des paysages sonores habités.

 

dr john.jpgDr John .- Babylon (1969)

Retour vers le futur avec une musique hallucinée. Nous sommes en 1969 et le gourou du vaudou rock néo-orléanais sort son deuxième disque, encore tout enfumé des vapeurs psychédéliques de la côte ouest. On écoute « Black widow spider » et on entend la guitare onduler comme un serpent dans le bayou. Les percussions sont luxuriantes et les claviers très funky rappellent Chris Stainton (Joe Cocker) ou Leon russell (JJ Cale, George Harrison). « The Patriotic flag / Waiver » convoque un choeur d'enfants et le chant du maître oscille entre Mike Jagger et le Lou Reed de « Walk on the wild side ». Hypnotisés par l'intensité de la cérémonie, nos oreilles tentent l'ultime trajet avec « The Lonesome guitar strongler » et, là, rien ne va plus. La musique, modale, se déploie en un long trip barré où l'orient flirte avec la country et le jazz. Les fantômes de la médiathèque n'en ont toujours pas retrouvé leurs esprits.

 

blaspheme.jpgBlasphème .- Briser le silence (2010)

Sans répit, un riff de guitare prend le relai et tronçonne l'air ambiant, décapant d'un seul coup toutes les poutres de la salle. Blasphème est de retour après 25 ans d'absence et a clairement envie d'en découdre. Fondé en 1981, le groupe était alors un des piliers de la scène heavy métal française avec Trust, Warning et autres Vulcain, Sortilège. Moins connu que Trust pour les néophytes, son efficacité musicale n'a pas à rougir de nos antisociaux. La production du disque est impeccable et le gros son est au rendez-vous d'autant plus que le chant de Marc Fery crache du feu et de la hargne. Seul bémol, des textes un peu trop naïfs et scolaires, comme si le groupe était resté bloqué dans son adolescence.

 

pretty things.jpgThe Pretty Things .- SF Sorrow (1968)

« SF Sorrow is born » et les Pretty Things peuvent en être fiers car ils ont devancés de peu le « Tommy » des Who (1969) dans l'histoire de l'opéra-rock. Sauf que, malheureusement, on les a un peu oubliés nos valeureux guerriers. Qui se souvient de la vie de Sebastian F. Sorrow qui nait au numéro 3 d'une petite ville sans nom et dont on voit défiler l'existence, tragique, tout au long du disque ? Et pourtant, l'album est de haute volée, quelque part entre les Beatles, les Who et les Rolling Stones. Les mélodies sont simples mais les arrangements sophistiqués. Guitare, orgue, percussions, sitar peuplent une matière sonore touffue. Parfois trop, d'ailleurs, pour quelques disq'uteurs qui trouvent certains morceaux brouillons et l'ensemble plutôt vieilli. Toute une époque !

 

roky erickson.jpgRoky Erickson .- True love cast out all evil (2010)

Cette époque, Roky Erickson l'a bien connu. Il était alors le leader du 13th Floor Elevators, groupe emblématique et quasi-fondateur du rock psychédélique, dont il a posé les bases dès janvier 66. Parmi elles, l'usage du LSD, entre autres, a sérieusement détérioré les circuits imprimés du brillant cerveau du bonhomme. Après plusieurs passages en hôpitaux psychiatriques et des années de dérives à la lisière de notre monde, Rocky Erickson nous est revenu en 2010. Il nous gratifie ainsi de 12 nouvelles compositions originales, accompagnées des membres d'Okkervil River, groupe de country-rock alternatif. Loin du psychédélisme, c'est donc dans le folk que le chanteur a trouvé l'apaisement avec des textes moins barrés qu'à l'accoutumée mais tout aussi habités. Poignant et beau à pleurer dans sa chopine.

 

meshuggah.jpgMeshuggah .- Nothing (2006)

Vu l'heure tardive, on aurait pu terminer sur une berceuse. Faire retomber l'excitation, nous préparer au sommeil et aux doux bras de Morphée. On aurait pu. Mais voilà, les disq'uteurs ne sont pas là (que) pour faire risette et s'échanger les cuillères de sirop pour la toux ni pour s'envoyer des fleurs et des jonquilles dans un élan de fraternité auditive. Parfois, un bloc de métal, tout droit sorti de l'aciérie local, encore chaud et bouillant, nous tombe entre les esgourdes et transforme nos tympans en enclumes. On craignait donc Meshuggah. Et puis, finalement, « Nothing » est passé comme une fleur. En fonte, certes, mais avec des pétales structurés, un son lourd et abrasif, oui, mais une guitare claire et virtuose. Tous les musiciens sont des techniciens hors pairs au jeu très pointu et, si ça bourrine dur, l'ambition est élevée. Dans le milieu du métal, Meshuggah fait référence et, après écoute, on ne peut que s'incliner avant de jeter les armes et tomber les paupières.

 

 

 

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