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27/04/2011

Disq'uteurs 16

 sheila.jpgSheila & B.Devotion .- Seven lonely days (1979)

En 1977, l'école est finie pour Sheila et c'est l'heure de l'émancipation. Elle coupe le cordon avec les sixties et, dans un short moulant à paillettes, s'écrie « Love me baby », accompagnée de trois danseurs noirs qui ne se font pas prier. C'est le début de sa période disco et des « B.Devotion ». Le sémillant « picture disc » (pochette directement imprimée sur le vinyle) que nous écoutons, provient de cette période endiablée où la belle enflammait les dancefloors. Le morceau est dans une veine pop à la ABBA et les reins des disq'uteurs esquissent un début de déhanchement qui prouve, s'il en était besoin, leur aptitude à briller sous les stroboscopes. Un an plus tard, Sheila sortira l'album « King of the World » produit et composé, excusez du peu, par le groupe Chic et brillera, telle une étoile dans les boites de nuit, avec le tube planétaire « Spacer ». La classe.

 

antony 1.jpgantony 2.jpgAntony & the Johnsons .- The Crying light & Swanlights (2008 et 2010)

Antony est étonnant. Et ne peut laisser indifférent. Entre deux mondes, entre homme et femme, ce personnage androgyne surprend et déroute. Sa voix côtoie les cieux mais un léger vibrato nous laisse dans une écoute inconfortable. Les compositions sont sophistiquées entre pop, classique et avant-garde et soutiennent un chant douloureux, empreint de lyrisme. Le romantisme noir de cet oiseau nocturne divise (trop ambitieux ou appuyé pour certains). Reste une fascination qui nous hypnotise malgré tout et des chansons complexes qui réclament plusieurs écoutes. Antony Hegarty est véritablement un artiste singulier.

 charlelie.jpgCharlElie Couture .- Fort rêveur (2010)

Depuis 1978, CharlElie Couture fait partie du paysage établi de la chanson française. Sans être un spécialiste du bonhomme, on reconnaît entre mille le timbre si particulier de sa voix. Installé à New-York depuis une dizaine d'année, il nous donne régulièrement des nouvelles discographiques. Avec « Fort rêveur », il signe son 19ème album studio et, par la même occasion, ses 30 ans de carrière. Résolument urbaine, sa musique trempe dans le chaudron du blues et les guitares s'en donnent à cœur joie, en contre-point de son phrasé rocailleux et languissant. Charlélie Couture chante notre nouvelle ère ployant sous le trop-plein d'informations, l'excès de production et l'ironie de sa répartition. Un regard sur le monde et aussi sur lui-même, idéal pour un long trajet en voiture.

 

betsh 1.jpgbetsch 2.jpgBertrand Betsch .- La Soupe à la grimace & la Chaleur humaine (1997 et 2007)

Premier et dernier album de la discographie de Bertrand Betsch, « la Soupe à la grimace » et « la Chaleur humaine », présentent deux facettes d'un auteur-compositeur trop méconnu et, pour le coup, loin d'être établi dans le paysage de la chanson française. Deux facettes donc, dix ans d'écart et des notes et des mots qui ont coulé sous les doigts. De son côté, « La soupe à la grimace » expose le côté obscure de la force : « Passer sous le métro », « Colère », « Un mauvais vivant » ou cette terrible chanson par laquelle nous commençons notre écoute, « la Complainte du psycho killer » dans laquelle il se met à la place d'un tortionnaire qui parle à sa victime. De l'autre, « La chaleur humaine » dégage un certain apaisement : le morceau titre bien sûr mais aussi « Mon ami » ou « les Gens qui s'aiment ». Dans les deux cas, les chansons sont d 'une grande simplicité et nous vont droit au cœur. Elles émanent d'un esprit torturé dont la force créatrice tient de la thérapie quotidienne.

 

jamait.jpgYves Jamait .- De verre en vers (2005)

Ne quittez pas votre partenaire, le quart d'heure français continue dans un autre style. « De verre en vers » est le premier album d'un artiste qui a su séduire la fibre émotionnelle d'un large public. Guitare, contrebasse, accordéon tricotent un canevas entre swing manouche, chansons tendres et java endiablée. Propulsé par le soutien de Patrick Sébastien, qui le programmera régulièrement dans le Plus Grand Cabaret du Monde, Yves Jamait est, désormais, à mi-chemin entre un titi parisien des années 20, un Mano Solo moins écorché (caresse-moi, chanson poignante) et un Bénabar pour les chroniques cabotines (Ok, tu t'en vas). Un cocktail détonnant, qui ne ressemble finalement qu'à lui-même, à écouter au troquet entre deux mousses.

 

jj cale.jpgJJ Cale .- Grasshopper (1982)

Maintenant, installez-vous bien dans vos santiags, la guitare à JiJi vient balayer la poussière dans les sillons de la platine. Serions-nous en présence du Saint-Père ? Knopfler (Dire Straits), Clapton lui doivent beaucoup. Pourtant l'œuvre est à la fois référentielle et modeste, en dehors du rythme du monde et des frasques du show-business. Depuis 1972, le cowboy sédentaire de Tulsa (Oklahoma), trace sa route, constant et immuable entre country et blues. Les chansons sont courtes et terminent toujours leur dernière note dans le lointain, comme un cavalier s'évanouissant à l'horizon. Ce raconteur d'histoires nous rappelle, à travers son jeu de guitare laidback (petit débat sur ce terme obscure qui signifie jouer en arrière du temps, d'une manière décontractée), son « cousin » néo-orléanais, Tony Joe White, figure tutélaire du swamp rock ou rock du bayou.

 

beth gibbons.jpgBeth Gibbons & Rustin man .- Out of season (2002)

En 2002, la chanteuse Beth Gibbons s'émancipe momentanément de son groupe Portishead et s'allie à Rustin man, alias Paul Webb, qui n'est autre que l'ancien bassiste du groupe Talk Talk. A eux deux, ils gravent 10 titres en apesanteur, comme touchés par la grâce. Bien sûr, la voix de Beth Gibbons, vertigineuse, y est pour beaucoup. Mais les tapis de cordes, le piano sépulcral, la guitare asséchée font de « Out of season » un paysage d'hiver d'une infinie beauté. Sa dimension cinématographique nous évoque un film imaginaire, entre chien et loup, dans un monde à la réalité mystérieuse. Un disque isolé, culte, qui pénètre au plus profond de nous-même.

 

dead elephant.jpgDead Elephant .- lowest shared descent (2007)

Ce trio italien n'est pas là pour faire de la tarentelle, encore moins de la dentelle. Il n'empêche, sur son site, il précise qu'il parle autant au cerveau qu'aux intestins. Pour se faire, le groupe convoque et convie à la fête doom, krautrock, black metal, noise, post-hardcore et rock industriel. Excellemment produite, et qui plus est joliment emballée dans un artwork lugubre à souhait, cette mixture de verre pilé se digère sans aigreur. Dead Elephant revisite nos terreurs mais avec l'élégance et la créativité de ceux qui savent que nos pires cauchemars sont labyrinthiques et impénétrables. Aucune surprise donc à croiser sur un titre, l'impressionnant chanteur d'Oxbow, Eugene Robinson.

 

oxbow.jpgOxbow .- The Narcotic story (2007)

Nous enchaînons tout naturellement sur Oxbow dont la personnalité du chanteur nous intrigue. Formé en 1990, ce groupe, rattaché à la scène noise / hardcore (Jesus Lizard, notamment, avec lequel il tournera), s'en détache pourtant grâce à l'originalité de ses atmosphères poisseuses et des vocalises d'Eugene Robinson. Ce chanteur néo-vaudou vocifère et gémit d'une voix torturée (à la Roger Waters diront certains disq'uteurs) sur des morceaux dont la structure est flou, sans véritable centre. Blues décharné, marqué au fer rouge, la musique d'Oxbow est un cri de douleur claustrophobique et animal. Nous nageons en plein chaos, dans un futur apocalyptique et la soirée se termine. Dire qu'il va falloir dormir...!

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